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Sur les rails

En marche vers Ottawa

Photo en noir et blanc de travailleurs debout sur le toit d'un train du Canadien Pacifique, tandis que d'autres, debout près des rails, tentent de monter à bord. Le point focal de la photo montre un homme qui grimpe sur le train pour rejoindre le groupe debout sur le toit.

La marche sur Ottawa « On to Ottawa Trek », à Kamloops, en juin 1935.

Descendre dans la rue a toujours été l’une des principales tactiques utilisées par les militants pour faire connaître leur cause. Les manifestations et les marches sont visibles, souvent bruyantes, et constituent une occasion d’engager le dialogue avec les passants.

Bien que de telles actions puissent se dérouler presque n’importe où, il arrive que les militants jugent particulièrement important de marquer leur présence là où les décisions sont réellement prises. Au Canada, cela signifie souvent se rendre à Ottawa ou dans une capitale provinciale.

Durant les sombres années de la Grande Dépression (les années 1930), des milliers d’hommes sans emploi ont pris la route, souvent en sautant clandestinement sur les trains de marchandises, à la recherche de travail. Partout au pays, ces hommes ont manifesté et organisé des marches pour protester contre les conditions misérables qui leur étaient imposées. La plus imposante de ces manifestations remonte à février 1932, lorsque quelque 6 000 travailleurs, employés et chômeurs confondus, ont participé à une « Marche de la faim » qui convergeait vers Vancouver.

En 1935, la colère a de nouveau grondé, cette fois parmi les hommes sans emploi envoyés dans des camps de travail isolés en Colombie-Britannique. Ils se sont mis en grève, exigeant de meilleures conditions de vie et une réponse concrète du gouvernement fédéral face au chômage endémique. Après deux mois d’impasse, les grévistes ont pris une décision historique : entamer une marche vers Ottawa pour porter leurs revendications directement au Parlement et au premier ministre R.B. Bennett.

Craignant les conséquences politiques de leur arrivée à Ottawa, le gouvernement a résolu d’arrêter la marche en chemin, à Regina. La police a attaqué les marcheurs et arrêté certains leaders. Les hommes ont riposté dans une confrontation violente qui est entrée dans l’histoire sous le nom de « l’émeute de Regina ».

Si la marche a été arrêtée net, ses répercussions, elles, ont été profondes. Les revendications des marcheurs ont bénéficié d’un large soutien populaire à travers le pays. Lors des élections fédérales tenues plus tard cette année-là, le gouvernement du premier ministre Bennett a subi une défaite écrasante, passant de 135 sièges à seulement 39.

La marche « On-to-Ottawa » restera dans les annales comme un moment charnière de l’histoire ouvrière canadienne.